Avatar en Palestine

En réponse à la décision israélienne de faire passer le tracé de la clôture de sécurité par le village de Bilin en Cisjordanie, un groupe de militants « pacifistes » sont descendus manifester … déguisés en Navi’s.

Ce qui est avant tout dérangeant c’est cet indécrottable espoir, chez certains confrères de pays anciennement colonisés, ou toujours colonisés, que le salut viendra de l’occident. Entendons-nous, Manifester en Nav’i est destiné avant tout à susciter l’émoi d’un public occidental. Le paysan égyptien moyen, l’ouvrier syrien ou le militant irakien ne risquent pas de faire atchoum, si encore ils ont vu le film Avatar.

S’imaginer donc que le salut viendra de l’occident c’est se prendre pour Pascal Monin et n’avoir absolument rien compris à la nature de la relation qui lie l’occident à Israël.

Celle-ci repose :

  • sur la puissance des lobby sionistes dans les pays occidentaux.
  • Sur la nature même de l’état d’Israël comme excroissance coloniale et de domination du moyen-orient.
  • La confusion quasi-pathologique dans l’esprit occidental entre le devoir de reconnaissance de la Shoah et le droit d’Israël à tous les excès. La reconnaissance de la Shoah étant un des piliers de la réconciliation de la seconde guerre mondiale.

Survoler, même superficiellement, les 60 dernières années, suffit pour confirmer cet état de fait. Il est nécessaire d’en prendre conscience pour cesser de poliment gratter à leur porte.

Deuxièmement s’imaginer qu’en adoptant un matériel symbolique familier à l’occident, l’occident daignera nous entendre et s’apitoyer sur nous c’est aussi n’avoir rien compris à ce que représente Israël pour l’occident. Ce ne sont ni des opérations de com., ni la passion pour Tintin qui ont mis les colonisateurs à la porte durant la première moitié du 20eme. Se peinturlurer de bleu pour faire bouger les esprits ? Il faut avoir de la merde blanche dans la cervelle pour y croire.

Et troisièmement : Bien que sur le plan technique le film est incontestablement un monument : Les personnages sont des  « chefs-d’oeuvre d’invention graphique et de minutie. La qualité du rendu des chairs, des tissus végétaux ou animaux est stupéfiante. » (Thomas Sotinel, Le Monde, 16.12.09) … Le contenu de l’histoire l’est moins.

Le film se veut probablement un hommage aux populations qui résistent encore et toujours à l’empire. Le tiers monde et les pays anciennement colonisés. L’est-il réellement ? Le héros, n’est ni un bougnoule ni un Nav’is… mais encore une fois un américain. Des films comme ca il y en a des wagons.

Et puis cette tendance dans la littérature occidentale, à systématiquement décrire le colonisé comme un extraterrestre, un singe déplumé ou un « sauvage » (gentil ou méchant c’est la même chose) s’inscrit dans la plus belle tradition orientaliste. On baigne dans du Flaubert ou du Nerval version moderne. Le colonisé c’est toujours l’autre, le schtroumpf en symbiose avec sa nature, celui qui jouit de mille et une particularité, qu’il est bon d’étudier, qui relève de l’anthropologie. On est donc toujours dans cette éternelle opposition du « nous » et de « l’autre ». Le jour ou Hollywood cessera de réduire « l’autre » à un patchwork de plumes, de couscous, de musique soufi ou de danse du ventre et qu’il comprendra qu’il existe plus de similarités entre un homme d’affaire new-yorkais et un autre du Hezbollah qu’avec un paysan mormon du Utah, j’appellerai ça un hommage…

A nos schtroumpfs de Bilin : Déguisez-vous en Big Mac ou en ananas si ça vous amuse, mais gardez en vue que vous perdez votre temps.

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6 réflexions sur “Avatar en Palestine

  1. Wlek bien dit ya kuprulu. J’aurai une histoire a te raconter a ce sujet, mais pas blogable. Ca interesserait Bech aussi vu que ca implique quelqu’un qu’il connait.

    Une question toutefois: si ceux qui croient que le salut viendra de l’occident ont de la merde blanche dans la tete, que dire de ceux qui croient que le salut viendra des israeliens?

  2. Sans vouloir vous offenser, je crois que vous y aller un peu fort dans la parano. Le film Avatar, au scénario, je vous l’accorde, pas très fin, m’a beaucoup fait rire, et un peu jaune. « Donc si les Palestiniens se peignent en bleu, ils auront des Oscars??!! ». Voila ce que je me suis dit a la sortie du film. Du coup, quand des palestiniens se peignent effectivement en bleu, je trouve que ça confronte les « freedom providers » et autres généreux donateurs de démocratie en kit a leurs propres contradictions.
    Je ne pense pas que tourner en dérision la thématique d’un film hollywoodien revienne a se soumettre a l’Occident, au contraire.
    « Se peinturlurer de bleu pour faire bouger les esprits ? Il faut avoir de la merde blanche dans la cervelle pour y croire. ». Cette phrase pour le moins engagée mise en ligne sous pseudo me semble incomplète si elle ne propose pas au moins une alternative.
    Se peindre en bleu me parait juste une façon de dire aux américains qu’en acclamant ce genre de film tout en soutenant Israel revient effectivement a admettre avoir, la, pour le coup, de la « merde blanche dans la cervelle ».

  3. Caro, penses-tu franchement que le moyen de soumettre « les donateurs de démocratie en kit » à leurs contradictions, consiste à s’adonner à un happening bidon (dont l’impact politique est d’ailleurs inversement proportionnel à l’intérêt spectaculaire très passager qu’il suscite)?

    Quant à la nécessité pour les dominés de convaincre les dominants qu’ils agissent de façon contradictoire, je n’en vois pas tellement l’intérêt. La force de conviction réside, en dernière instance, dans le renversement effectif de la domination. Sinon, c’est juste du bavardage.

    Salutations.

    ——

    « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »
    Guy Debord, La Société du spectacle

    « Whites need to stop remaking the white guilt story, which is a sneaky way of turning every story about people of color into a story about being white. Speaking as a white person, I don’t need to hear more about my own racial experience. I’d like to watch some movies about people of color (ahem, aliens), from the perspective of that group, without injecting a random white (erm, human) character to explain everything to me. Science fiction is exciting because it promises to show the world and the universe from perspectives radically unlike what we’ve seen before. But until white people stop making movies like Avatar, I fear that I’m doomed to see the same old story again and again. »
    Annalee Newitz
    http://io9.com/5422666/when-will-white-people-stop-making-movies-like-avatar

  4. Caro,

    Je ne sais pas à quel point l’objectif de la manifestation était de mettre les américains ou le public occidental devant leur contradictions autant que de recourir a un langage symbolique familier et propre a l’occident dans le but de susciter une certaine légitimée aux yeux des occidentaux.
    Je précise pour éviter toute confusion : Ce n’est pas l’adoption de marqueurs ou d’éléments originaires d’occident qui me dérange mais l’impression, très récurrente dans nos pays, qu’en se pliant a ce type de langage le public occidental daignera s’intéresser plus sérieusement a nos problèmes.

    Pourquoi proposer une alternative au fait de se déguiser en Nav’is ? Ce n’est pas comme si on avait le choix entre se peindre en bleu ou ne rien faire… Je trouve juste que se soumettre de manière ridicule aux catégories de représentations, politiquement correcte, de la machine médiatique occidentale n’est pas efficace.

  5. Non je vois bien ce que vous vous voulez dire et je suis d’accord avec vous sur l’impact quasi-inexcistant de ce genre d’action. Le « renversement effectif de la domination » passera par une défaite militaire d’Israel, je ne vois pas d’alternative.
    Il y a, certes, une forme de naïveté dans ma volonté de persister a penser que les opinions publiques peuvent être la goutte d’eau qui fera déborder le vase, mais malheureusement les peuples occidentaux ne sont pas constitués que de gens engagés, politisés et au fait de ce qui se passe réellement. Je le constate tous les jours en voyant a quel point des français qui n’y connaissent rien et qui, endoctrinés par les cours d’histoires européens, restent d’habitude un peu frileux a l’idée de s’opposer a Israel, peuvent changer radicalement d’avis sur la question en passant ne serait-ce qu’une journée dans un camp de réfugié palestinien.
    Ce que j’essayais de dire, c’est que ce genre de petit happening, s’il ne change pas la donne sur le terrain, peut peut-etre aider a sensibiliser des gens qui, dans les pays occidentaux, sont peu soucieux d’ouvrir les yeux sur la guerre médiatique et la propagande sioniste. Je pars du principe qu’un de convaincu, c’est toujours un sioniste ou un aveugle de moins. Ce qui m’interpellait dans ton texte, Kuprulu, c’était la force du ton niveau « merde blanche dans le cerveau ».
    Apres, évidement, je pense qu’on est tous d’accord sur la question de la représentation de l’Autre dans Avatar…:)

    • Très bon post une nouvelle fois.

      La vrai question qui se pose lorsque l’on voit ces gens réduit à faire les schtroumpfs, c’est comment résister ? Que faire face aux israéliens ?

      En arriver à défiler en navi’s traduit :
      i)le manque total d’alternative et d’idée au sein de l’élite politique, sociale, économique des pays arabes;
      ii) la servilité et le complexe d’infériorité intégré vis-à-vis des américains et européens (comme l’explique bien Kuprulu);
      bref, pour être plus direct, la médiocrité de nos élites.

      Ce n’est bien évidemment pas la bonne foie des gens qui manifestent en navi’s qui en cause, mais bien ceux qui leur ont mis cette idée dans la tête.

      Penser que la solution peut/doit passer par la mobilisation des populations européennes et américaine est bien naîf, au même titre que penser que tous les maux du monde arabe viennent des Etats-Unis et d’Europe. La guerre sur l’Irak en est bien la preuve, des millions de manifestants mobilisés dans toute l’Europe n’ont absolument pas empêché l’invasion. Auparavant, les campagnes de sensibilisations sur le sort de la population irakienne face à l’embargo n’avait pas plus eu d’effet concret.

      Il est certain que ces actions peuvent avoir un impact résiduel, au moins symbolique, et quelque part réconfortant. Il toujours plus agréable de sentir le soutien de quelqu’un qui n’est pas concerné personnellement. Mais la politique internationale ne fonctionne pas au bons sentiments, et même, à l’inverse c’est le viol des foules, la mobilisation des masses, l’instrumentalisation de ces bons sentiments des gens qui permet, sous couvert d’une « légitimité » populaire, bien des atrocités.

      Donc plutôt que d’encourager les gens à combattre tel lobby aux états-unis, ou à se déguiser en indien massacré par les cow-boys, il faudrait plutôt avoir le courage de regarder ce qui nous a conduit à perdre 4 guerres de suite puis à saccager consciemment les résultats de la seule qui a été gagnée. Cela alimenterait mieux le débat sur la « stratégie de défense », dont bizarrement on ne parle pas en Palestine.
      ah, mais là on arrive sur un autre débat…

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