Francophonage

CHRONIQUE
NAGIB AOUN
En toute francophonie
25/10/2010

[…]un rêve longtemps caressé : le Liban Suisse d’un Orient compliqué, une aspiration presque coupable, brisée par les réalités du terrain.

Mais consolons-nous : à défaut d’une Suisse à la manière libanaise, c’est d’une francophonie bien réelle qu’a héritée le Liban, une appartenance confortée, confirmée[…]

Les grincheux, les hargneux, les empêcheurs de tourner en rond doivent bien se faire une raison : la francophonie a encore de beaux jours devant elle, un avenir prometteur à assurer, elle peut, même, se permettre de conseiller à ses adeptes de s’essayer à l’anglais, comme l’a si bien relevé Bernard Kouchner, sans nulle ironie de sa part.

De beaux jours, pour la simple raison que la francophonie ne se dilue pas au contact d’autres cultures, mais se renforce, qu’elle ne perd pas de ses valeurs, mais les étend, les intègre à d’autres horizons.

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L’Islamophobie: Etude de texte

A lire absolument: La Princesse de Clèves qui décortique la pauvreté de la pensée dans un dossier sur l’Islam paru dans L’Express. Des procédés qu’on retrouve facilement dans les publications en province francophone:

L’Occident – dont l’évidence de la définition et la supériorité morale sont tenues pour acquises tout au long du dossier – est d’emblée positionné « en face ». L’imaginaire haineux de la confrontation déployé par la rédaction de l’Express est implicitement prêté à l’autre partie – celui de la « musulmanerie ».

A suivre…

Le mot et la chose

Cet article est publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Titre original :

Le Bougnoule, sa signification étymologique, son évolution sémantique, sa portée symbolique

Nous vous invitons à consulter les autres articles de René Naba sur son site ici.

L’auteur part d’un signifiant raciste pour développer avec clarté et érudition une analyse critique où l’étude sémantique, mise en perspective avec l’histoire, révèle certaines contradictions de la « Patrie des Droits de l’Homme ». Il semble qu’à l’épreuve des faits, la vocation universelle des principes généreux ait souvent failli – notamment à l’époque coloniale – et que les Lumières ne se soient allumées que par intermittence ou pour éclairer une domination, au mépris du droit – pourtant revendiqué – des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

Le contexte historique

A l’assaut des tranchées adverses, ployant sous un déluge d’obus, suffoquant sous l’effet des gaz mortels sur les champs de bataille brumeux et venteux du Nord-est de la France, sous la glaciation hivernale des nuits noires de novembre, à des milliers de kilomètres de leur tropique natal, les grandes rasades d’alcool galvanisaient leurs ardeurs combatives à défaut d’exalter leur patriotisme.

En ces temps là, « la chair à canon » carburait à la gnôle. Par un subterfuge dont la raison détient seule le secret, qui n’en révèle pas moins les présupposés d’un peuple, les ressorts psychologiques d’une nation et la complexion mentale de ses dirigeants, la revendication ultime préludant au sacrifice suprême -« Aboul Gnoul », apporte l’alcool- finira par constituer, par un dévoiement de la pensée, la marque d’une stigmatisation absolue de ceux qui auront massivement contribué, à deux reprises, au péril de leur vie, à vaincre, paradoxalement, les oppresseurs de leurs propres oppresseurs.

« Bougnoule » tire son origine de l’expression argotique de cette supplique ante mortem. Elle finira par confondre dans la même infamie tous les métèques de l’Empire, piétaille de la République, promus au rang de défenseurs occasionnels de la Patrie, défenseurs essentiels d’une patrie qui s’est toujours voulue distincte dans le concert des nations, qui se distinguera souvent d’une façon lumineuse (1), d’une façon hideuse parfois, traînant tel un boulet, Vichy, l’Algérie, la collaboration, la délation, la déportation et la torture, les pages honteuses de son histoire, peinant des décennies durant à expurger son passé, et, pour avoir tardé à purger son passif, en paiera le prix en termes de magistère moral.

Curieux rapport que celui qui lie la France à sa mémoire, étrange rapport que celui qui lie ce pays à lui-même, à la fois « Patrie des lumières et des Droits de l’Homme » et patrie du « Code Noir » de l’esclavage, le code de l’abomination, de la traite de l’Ebène et du mépris de l’Indigène. Etrangement curieux le rapport qui lie ce pays à ses alliés de la période coloniale, les peuples colonisés d’Outre-mer. Par deux fois en un même siècle, phénomène rarissime dans l’histoire, ces soldats de l’avant, les avant-gardes de la mort et de la victoire, goumiers Algériens, spahis Marocains, tirailleurs Tunisiens, Sénégalais et Soudano nigériens, auront été embrigadés dans des conflits qui leur étaient, étymologiquement, totalement étrangers, avant d’être rejetés, dans une sorte de catharsis, dans les ténèbres de l’infériorité, renvoyés à leur condition subalterne, sérieusement réprimés aussitôt leur devoir accompli, comme ce fut le cas d’une manière répétitive pour ne pas être un hasard, à Sétif (Algérie), en 1945, cruellement le jour de la victoire alliée de la seconde Guerre Mondiale, au camp de Thiaroye (Sénégal) en 1946, et, à Madagascar, en 1947, sans doute à titre de rétribution pour leur concours à l’effort de guerre français. Lire la suite